Le cycle de l’œuf : Prologue

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« Haut dans les nuages, l’homme se déploie

Bas sous les nuages, l’homme choit ».

Jellia Merivost, 558, incipit du Registre des Décès, Église Othodoxe.

 PROLOGUE

Les montagnes de Torbord, du haut de leurs cimes partiellement enneigées, régnaient sur cette partie de Sulevia. Le grand continent était bordé à l’ouest par la grande mer de Rizzen et à l’est par la mer de Septon. Les lignes brisées des montagnes tranchaient entre le ciel rouge d’Akkadion et le gris foncé des pentes escarpées.

Depuis son départ de la forteresse de Haut-Fort, Arthur Torren n’avait eu pour paysage qu’une roche sombre et nue, glissante par endroit à cause d’une tempête qui avait déversé ses eaux quelques jours auparavant. Emmitouflé dans une pelisse ouatée noire et coiffé de son heaume en forme de bec d’oiseau, le jeune Arthur scrutait l’horizon du haut d’un petit promontoire. Ses yeux verts portèrent un regard lointain vers le sud-ouest où se dressait, par-delà le Val de Cendre, le Col de Belroc.

Derrière lui, une voix le héla.

— Capitaine, venez vite !

La voix déraillait légèrement, trahissant une stupeur évidente. Arthur n’avait pas encore atteint la majorité, mais il occupait déjà le poste de capitaine de patrouille. Le jeune homme descendit un pan escarpé et rejoignit ses compagnons.

— Qu’avez-vous trouvé ?

Un homme bien plus âgé que lui, vêtu d’une armure couleur d’or, s’approcha. Il portait un bouclier ovale, jaune, avec deux corbeaux noirs dos à dos en son centre : le blason de la maison Torren.

— Messire… Votre frère… le chevalier Georn…

Une moustache barrait des lèvres serrées tandis qu’il cherchait les mots justes. Ses yeux bleus viraient au rouge, sans doute les avaient-ils frottés. Arthur lisait le chagrin sur son visage ridé comme l’introduction d’un livre ouvert.

— On a retrouvé sa dépouille, avec trois autres personnes, conclut l’homme.

Arthur resta silencieux quelques instants. Selon son père, le Duc du Val de Cendre, Georn avait rejoint des vassaux pour assister à un banquet organisé par la maison Dameron, de l’autre côté du Col de Belroc. D’un geste, il intima à ses hommes de le mener sur le lieu du drame.

Le corps de Georn gisait parmi les rochers avec d’autres officiers. Il a avait la tête renversée et les membres amputés à vif. Les corvidés s’en donnaient à cœur joie, déchiquetant la chair dénudée. Le spectacle arracha des vomissements à certains soldats.

Arthur s’approcha des cadavres malgré l’avertissement de ses hommes. Il eut une brève vision de Georn : beau visage, calvitie naissante, barbe bien avancée, de grands yeux marron-vert. Maintenant, la seule image qu’il retiendrait de lui serait celle de son corps déformé, à moitié dévoré par les ailes noires.

— Né parmi les corbeaux, mort parmi les corbeaux, lança-t-il, une pointe d’amertume dans la voix.

Les oiseaux continuaient leur office quand, dégainant une large épée, il s’avança en criant. Et dans une cohue de plumes et de cris stridents, les corvidés s’envolèrent.

— Enveloppez les morts, ou ce qu’il en reste dans des draps, ordonna-t-il. Nous devons les ramener à Haut-Fort et leur fournir une sépulture digne. Là-bas, les volatiles pourront se repaître sur leur tombe sans être dérangés, tel que le veut la coutume.

La descente fut quelque peu pénible avec les restes des corps et l’odeur de la chair en décomposition qui s’immisçait dans leurs narines. Le soleil laissait sa place quand ils atteignirent les portes sud du château.

Haut-Fort dominait toute la région du Val de Cendre. Construit à flanc de montagne sur un dénivelé de quelques dizaines de mètres, ses larges tours rondes se distinguaient difficilement du reste de la montagne. Ses trois grands donjons s’élevaient haut dans le ciel et ses arcs-boutants plongeaient profondément dans les ravins.

Arthur se tenait à côté du cadavre de son frère, au milieu du grand hall d’entrée. Le sol était d’un marbre sombre et les colonnes taillées qui soutenaient un plafond de pierre n’offraient pas plus de gaieté à l’ensemble. Arthur avait toujours trouvé le château lugubre. Quand les pas de sa mère résonnèrent, il se demanda qui inspirait qui : les locataires du lieu ou le lieu lui-même.

À la vue de sa mère, il ploya le genou par respect. Elle portait une longue robe grise, ses cheveux noirs coiffés en tresse descendaient jusqu’au bas de son dos.

— Nous l’avons trouvé en amont du pic de Galan, à plusieurs kilomètres au sud, fit-il sur un ton cérémonial.

Mais la femme ne daigna pas répondre. Elle se pencha sur le corps et, retenant ses larmes, elle contempla de ses yeux marron les restes de son défunt fils. L’identification aurait été impossible sans la bague en or qu’il portait à l’annulaire. Elle l’enleva et la plaça dans un petit coffret en bois sculpté.

— Je dois absolument m’entretenir avec Père.

— Ne t’inquiète pas Arthur. Tu seras convoqué sans faute. Nous avons hâte d’entendre tes explications.

La femme fit volte-face sans poser une seule fois le regard sur son fils. Arthur toujours à genou comprenait bien son sentiment. Il se positionnait en benjamin de la fratrie et ses deux aînés avaient à présent disparu. Le premier, Falagern, était tombé dans un traquenard et avait succombé après avoir vu toute son armée décimée, lors de la révolte des Bramashakti en 784.

Arthur avait, de son propre chef, demandé à intégrer les patrouilles alors que son rang lui prévoyait un avenir plus brillant. Pour le moment, la seule chose qu’il voulait c’était se reposer et tenter d’oublier le visage déformé de son frère.

Il se trouvait dans ses appartements, plongé dans un bain bouillant quand un serviteur le dérangea.

— Votre Père vous mande immédiatement dans la grande salle d’audience

— Va m’annoncer, ordonna-t-il. Le temps de m’habiller en conséquence, j’arrive dans cinq minutes. Souhaite-t-il voir mes camarades de patrouille ?

— Je crois savoir qu’ils s’y trouvent déjà.

Puis il disparut exécuter les ordres. Arthur se sécha, enfila une chemise de lin blanche ainsi qu’une culotte et un pantalon. Il revêtit une tunique noire et cingla une ceinture en cuir noir à laquelle pendait son arme. Il se para ensuite d’une mante d’azur qu’il boutonna à l’aide d’une boucle de cape en forme d’oiseaux.

Un miroir réfléchit son image. Il se sentait digne, digne de son frère, de ses frères et de toute la maison Torren.

Il sortit de sa chambre d’un pas déterminé. Après quelques mètres, il descendit un escalier en colimaçon taillé dans le granit. Il traversa quelques pièces où les serviteurs s’inclinèrent sur son passage et arriva enfin devant une porte massive gardée par deux colosses en armure.

Son père, Gornen Torren, siégeait sur un fauteuil de pierre vaguement rembourré par des coussins jaunes. À sa gauche, le général de la garde, Émilien, se tenait droit comme un piquet. À sa droite, Dame Galatea Torren, la mère d’Arthur, siégeait d’un air absent. Devant eux, genoux à terre et dos courbé, se trouvaient ses camarades de patrouille, parfaitement alignés. Arthur s’avança et se plaça à leur côté en les imitant.

— Capitaine Arthur, levez-vous et faites votre rapport de patrouille, ordonna Émilien au bout de quelques instants.

Arthur résuma leur journée brièvement en s’attardant lorsqu’il en vint à la macabre découverte.

— Selon vous, quelles sont les causes du décès ? demanda le général. Les corbeaux ne sont venus que manger les dépouilles sans vie.

— Je ne suis pas un spécialiste. Je ne pense pas pouvoir répondre pertinemment à ce genre de question. Je n’ai pas examiné le corps en détail et lorsque nous l’avons, les avons découverts, les corbeaux avaient déjà bien entamé leur repas comme vous l’avez sûrement constaté. Cependant, il y avait des traces de lacérations et de morsures, mais je ne saurais en dire la provenance. Georn ne semble pas avoir eu le temps de croiser le fer puisque son arme était toujours ceinturée. L’animal doit être extraordinaire.

— Un homme, rétorqua le général d’un rictus. Un homme extraordinaire et monstrueux, qui plus est.

Seuls les patrouilleurs furent surpris. Le roi et sa femme restèrent muets, presque absents, laissant le général parler.

— Comment savez-vous qu’il s’agissait d’un homme et pas d’une bête assistée d’un homme ? Peut-être est-ce juste un traître que Georn aurait démasqué, répliqua Arthur.

— Nous n’en savons pas assez pour nous prononcer, admit Émilien. De telles attaques ont eu lieu par le passé.

— Je veux que tu enquêtes sur ce meurtre, déclara soudain le Duc Gornen Torren d’une voix forte… et les précédents également.

Les précédents, songea Arthur.

— Père, vous m’aviez annoncé que mon frère était parti pour le sud. Est-ce vrai ?

Le duc comprenait la question et il décida de dire la vérité.

— Ton frère enquêtait déjà sur ces étranges phénomènes. Nous avons reçu, à travers tout le Val, des cris d’alarme, notamment de mon frère, le Duc Sermon Torren. Rivecendre a subi la même chose. Mais de tous les chevaliers partis en quête, nul n’est revenu. Maintenant que ton frère est mort, sa mission te revient. Il a traqué l’homme jusqu’à Bas-Fort, il suivait une piste vraisemblablement. Mais la découverte de sa dépouille prouve qu’il se trouve par ici, près de Haut-Fort. Je te confie la mission de trouver le responsable et de l’éliminer. Le peuple est terrorisé, la paix fragile et beaucoup de brigands en profitent. C’est notre devoir de protéger le territoire, nous n’avions nul besoin de pareilles affaires. Prends une escouade de cinq personnes. Tu as carte blanche, montre-toi digne de ton nom.

Arthur avait attendu ce moment toute sa vie : il chérissait intérieurement ce bref instant. Bientôt, tout le monde verrait qu’il n’est pas inutile. Il s’imaginait déjà rentrer, à Haut-Fort, triomphant, sous les applaudissements. Il entrevoyait sa mère, arborer un sourire, fière de son dernier rejeton.

L’illusion se dissipa rapidement quand son père l’apostropha sur le pas de la porte.

— Ne sois pas imprudent, je ne veux pas perdre mon dernier fils, fit-il d’un ton qui oscillait entre le conseil et le reproche.

Il n’arrivait pas à déceler lequel surpassait l’autre. Sa mère ne disait mot, mais son visage parlait pour elle. La faible lueur tristesse qui transperçait semblait dire : attention, mon fils, mais en même temps : si tu meurs, j’engendrerai à nouveau.

Arthur préféra se détourner rapidement et quitta la pièce pour rejoindre l’amurerie. Quand il passa sous un porche, un de ses patrouilleurs l’interpella :

— Je veux venir avec vous !

Falko avait à peu près le même âge que lui. Il faisait une tête de plus et portait déjà un stigmate au visage, une brûlure qui lorgnait sur sa joue gauche.

— Non, répondit Arthur. Je ne veux pas mettre vos vies en danger. Vous êtes des patrouilleurs, pas des traqueurs. Votre mission est de surveiller et protéger.

Le jeune seigneur tourna les talons et disparut dans les couloirs du fort. Les autres patrouilleurs n’osèrent même pas faire la demande.

Le lendemain, dans la cour, Arthur passait en revue les compagnons qu’il avait désignés. De gauche à droite, se tenaient droits comme des piquets : Relmen Tora, grand, cheveux noirs et yeux marrons ; Garry Flers, taillé dans la roche, arborant fièrement un sourire sadique, les yeux verts et les cheveux longs et blonds ; Alwin Tydern, plus petit que la moyenne, visage rond, cheveux courts poivre et sel ; Mérinald Steron, petit, le plus âgé de tous, cheveux courts et bruns, yeux marron, et une petite moustache qui ne lui allait pas vraiment ; et enfin, Falko dit « Le perçant », taille moyenne, yeux bleus, cheveux courts et noirs.

Ce dernier avait réussi à convaincre Arthur. Il possédait une vue perçante, un tireur d’exception, parmi les meilleurs du fort malgré son jeune âge, d’où son surnom. S’en priver aurait été une faute professionnelle avait jugé le jeune seigneur. Falko n’avait pas de sang noble. Seuls les nobles avaient un nom de famille. Les roturiers se donnaient souvent des surnoms pour se différencier. Le surnom ne pouvait être légué à ses enfants contrairement au nom de famille.

Le cor retentit d’un son mat, précédant ainsi la sortie de la compagnie. Ils arboraient fièrement les couleurs or et noir de la maison Torren et leur emblème : deux corbeaux. Les chevaux avaient été dressés pour traverser les montagnes. Quand Arthur songea soudainement qu’ils auraient été plus discrets sans leurs montures, ils étaient bien loin du château.

Les sabots martelaient de façon monotone le sentier vulgairement modelé à force de passage. Le ciel rouge au-dessus de leur tête rappelait constamment le corps de Georn que les volatiles ingurgitaient. Il se dirigea naturellement en premier vers le lieu de la découverte.

— Que pensez-vous que nous allons trouver dans les montagnes, monseigneur ? demanda Alwin de sa voix nasillarde, presque insupportable.

— Je n’ai pour l’instant pas envie d’y penser, déclara Arthur. Nous verrons bien assez tôt quel est notre adversaire…

— Quoi que ce soit, nous le réduirons en poussière ! s’écria Garry de sa voix rauque.

— Assurément, vos dires changeront quand nous lui ferons face jeune Garry, expliqua posément Mérinald.

— Nous n’avons pas retrouvé le reste des soldats. Mon frère a suivi la bête ou l’homme dans les montagnes. Reste à savoir qui des deux a trouvé l’autre. Tenez, nous arrivons.

À ces mots, il mit pied à terre et dévala à nouveau le pan escarpé. Mérinald et Falko le talonnaient. Le sang maculait toujours la roche mortuaire. Au-dessus d’eux, plusieurs corbeaux tournoyaient, menaçants. Falko regarda alentour. Les montagnes les ceinturaient toujours plus hautes et menaçantes. Mérinald continuait son travail, reniflant çà et là de manière grossière pour trouver une piste, sans succès.

Ils avaient exploré les montagnes toute la journée sans rien trouver. Quand la nuit tomba, la compagnie s’abrita sous un énorme rocher et un tour de garde fut établi.

Le lendemain, une fine pluie rendit les recherches plus difficiles tandis qu’un vent froid se souleva. Cette journée inaugura une semaine épouvantable. Au neuvième jour de recherche, sous une pluie battante, la compagnie découvrit en amont, à plusieurs lieux de Haut-Fort, une caverne taillée dans la roche. La perspective d’un abri confortable rendit les hommes joyeux. Ce qu’ils découvrirent et ce qui fut rapporté plus tard le furent moins. À mesure que la compagnie s’engouffra à l’intérieur, elle remarqua que la roche avait été taillée par des hommes. Après un coude à droite, la compagnie s’engagea dans un escalier en colimaçon.

— Quelle odeur ! pesta Garry

— Ça sent la mort, dit froidement Mérinald.

Les hommes se bouchèrent le nez et continuèrent d’avancer. Avec un flambeau dans une main, ils n’avaient d’autre choix que de se masquer le nez ou se préparer à dégainer. Pour le moment, l’odeur était trop insupportable. L’escalier parut interminable. Quand ils arrivèrent au bas, ils découvrirent une salle immense, vestiges d’une ancienne civilisation. L’odeur persistait.

Arthur éclaira le sol et mit en évidence des milliers de crânes. Il frémit.

— Des humains ? s’interrogea Falko.

— Pas que des humains, répondit Relmen. Vous avez déjà vu des humains avec des griffes ? Regardez.

Il approcha son flambeau du sol. Les crânes et les os qui se dessinèrent ressemblaient à ceux de volatiles et de lézard, de gros lézards.

— Messieurs, fit Garry, nous avons trouvé l’antre de la bête.

— Ou son garde-manger, répliqua Falko.

— Explorons les environs, ordonna Arthur.

Ils avaient l’impression d’être dans un cimetière. À chacun de leur pas, le craquement des os leur glaçait l’échine. Alwin n’était pas rassuré et resta près de Falko.

Ils s’approchèrent d’une colonne de pierre. En levant la tête, ils remarquèrent une fresque représentant une créature immonde.

— Qui crois-tu que ce soit, fit Alwin Tydern ?

— Peut-être un ancien Dieu, répondit Falko.

— Qui serait assez fou pour vivre ici ?

— Qui serait assez fou pour venir ici ? ironisa Relmen.

La salle immense donnait sur deux petits couloirs, un en face et un à droite. Garry voulait que le groupe se sépare, mais Arthur refusa. La compagnie prit sur la droite et s’enfonça vers l’inconnu. Deux des torches vacillèrent, réduisant ainsi la portée des flambeaux. L’ambiance sombre et macabre ne rassurait pas les soldats. Après un coude sur la gauche, ils eurent le sentiment que le couloir grimpait. Bientôt, ils se retrouvèrent face à un mur.

— C’est une impasse, Messire, conclut rapidement Alwin.

Arthur posa sa main sur la roche. Celle-ci s’effritait. Il donna sa torche, dégaina son épée, asséna de petits coups contre le mur avec la garde. Le mur continua de s’effriter et bientôt, un léger rayon de lumière traversa.

— Il y a quelque chose de l’autre côté. Aidez-moi à enlever les pierres.

L’entreprise fut plus aisée qu’elle ne paraissait à première vue. En une petite heure, ils avaient créé un passage pour la compagnie. Il n’y eut guère que Garry qui eut un peu de mal à passer. Il se contorsionna légèrement. En haut du couloir, ils se retrouvèrent dans une immense pièce ronde dont le plafond laissait entrevoir le ciel par une ouverture béante. Jadis, de grandes étagères tapissaient un large pan de brique. Maintenant elles n’étaient plus que de vagues planches de bois rongées par l’humidité et le temps. Le sol était recouvert d’une fine pellicule de poussière et des toiles d’araignées ornaient les murs et les recoins.

Le groupe descendit prudemment en utilisant un dénivelé qui faisait le tour de la pièce. Une odeur nauséabonde leur rappela soudain où ils se trouvaient. Bientôt, la vue de milliers de bouts de chair fraîche jonchant le sol compléta le tableau. Les soldats dégainèrent par réflexe. Nul ne pouvait prévoir ce qu’il allait trouver dans ce repère.

— On approche du but, dit Arthur.

Alwin Tydern eut un mouvement de recul, mais Falko lui ordonna de continuer.

— Messire, cria Alwin, nous n’aurions jamais dû venir ici.

— Lâche ! fit Garry. Ce n’est pas le moment de se défiler. Honore ton uniforme.

— Je l’honore, mais je ne suis pas fou.

La terre trembla soudainement tandis que l’odeur devint de plus en plus nauséabonde. Sur leur droite, une forme humanoïde apparue.

— Qui êtes-vous ? cria Arthur.

Il n’eut qu’un cri strident pour réponse.

— Messire, faites attention ! dit Mérinald en se positionnant devant lui.

Les contours de la forme s’accentuèrent et se dessinèrent à mesure qu’elle sortait de sa grotte. Bientôt, un homme difforme dont la taille était le double de celle d’Arthur apparut. Son visage rond portait de larges stigmates de brûlures. Son corps aux muscles saillants avait une teinte légèrement foncée. De grandes blessures balafrait son poitrail recouvert de poils et ses mains se terminaient par des griffes acérées. Une large crinière d’écailles épousait sa colonne vertébrale. Arthur ne pouvait dire réellement s’il s’agit d’un monstre ou d’un humain. Peut-être les deux à la fois.

Les soldats restèrent interdits devant ce colosse.

— Ce n’est pas un homme, c’est une bête immonde, s’écria Relmen en dégainant son arme.

La bête émit un son strident et fonça sur les soldats. Tous s’écartèrent pour éviter la charge sauf Alwin, paralysé par la peur. La bête déchiqueta le pauvre soldat en quelques secondes sous le regard ébahi de ses camarades. Arthur empoigna son épée et se précipita sur la créature, suivi de près par Garry, Relmen, Falko et Mérinald.

Les coups d’épées s’enfonçaient dans la chair de la chose tandis qu’elle agitait ses griffes et hurlait de douleur. D’un coup de talon, elle repoussa Mérinald et Falko, qui furent projetés contre un mur. Les autres continuèrent d’assaillir la bête. Celle-ci se dégagea et grimpa contre la paroi avant de retomber sur les soldats qui l’esquivèrent d’un saut.

— Nous devons battre en retraite Messire, intima Garry.

— Pas question, nous devons faire honneur à la famille Torren.

— Si nous mourons ici personne ne nous honorera. Cette bête a tué votre frère, l’un des meilleurs escrimeurs que je connaissais. Nous ne sommes pas assez nombreux.

La bête chargea à nouveau et le combat reprit. Une seule griffe ressemblait à une épée affûtée comme un rasoir et elle en avait cinq à chaque main.

— Nous devons viser la tête ! s’écria Falko en se relevant.

En disant cela, il ramassa une pierre pointue et la lança dans l’œil gauche de la bête hideuse. Elle hurla de douleur et donna un violent coup de griffe qui déchiqueta la tête de Relmen.

— Relmen ! s’époumona le jeune capitaine.

Arthur fut pris de rage et multiplia les assauts, supporté par Garry et Falko, qui se joignirent à la bataille. Mérinald était toujours sonné à terre, inconscient. Tandis que la chair de la créature inhumaine subissait de violents coups d’épée, la bête saisit le jeune Arthur entre ses mains. Falko et Garry redoublèrent de vigueur alors que leur capitaine se sentait compressé.

Arthur ne pouvait plus faire aucun mouvement. Son corps entier l’étouffait. Il voulait hurler, mais il n’y arrivait pas. Il repensa brièvement à ses frères. Y avait-il une malédiction dans sa famille. Il se rassura en se disant qu’il avait trouvé la bête et que ses compagnons achèveraient le travail. Son poitrail l’élancé comme s’il avait reçu une pique. Il ferma les yeux se laissa partir.

La bête se contorsionna et d’un coup de pied, Garry fut projeté loin du monstre et roula au sol. Alors qu’il s’approchait pour écraser le soldat, Falko réussit à trancher le talon droit du monstre qui hurla de douleur. Ses énormes mains lâchèrent Arthur Torren qui tomba à terre.

— Capitaine ! s’écria Falko, en secouant le jeune Torren.

Il ne répondait pas. Du sang coulait de la commissure de ses lèvres et ses yeux semblaient sortir de leurs orbites. En plaçant son corps, il comprit rapidement qu’il devait avoir le poumon percé et au moins trois côtes cassées. Le visage émacié portait la marque de la satisfaction.

— Falko, baisse-toi !

Falko ne se baissa pas. Le temps qu’il se retourne, le monstre était déjà sur lui. Le soldat se porta légèrement sur la droite et se protégea avec son arme, mais la bête lui arracha un bras et le poussa violemment au loin. Cette image tétanisa Garry quelques instants.

La rage envahit son corps. Les yeux injectés de sang, Garry se jeta sur la bête. La colère semblait avoir décuplé sa force. Son épée trancha encore et encore tant et si bien qu’il coupa le second talon de la bête, qui s’écroula.

En tombant sur le dos, le monstre souleva des volutes de poussières. Il se retourna et se mit à ramper en poussant d’horribles cris stridents.

Quand Mérinald reprit conscience, il vit Garry porter le coup final. La créature gisait au sol à présent comme un tas de chair boursouflé aux couleurs grisâtres. Ce fut peut-être un homme, mais ce n’était plus qu’un cadavre sans forme.

Il n’y avait pas de joie malgré cette victoire. Garry restait sur ses gardes, au cas où. Il avait de nombreuses ecchymoses, mais rien de comparable aux autres. Il se dirigea vers Falko qui se tordait de douleur. Il arracha un bout de tissu et enveloppa son moignon à l’intérieur.

— L’ordre des mécanistes te fera un nouveau bras, lui dit-il.

— Je ne veux pas devenir une machine, murmura Falko entre deux grognements.

Mérinald s’abaissa près d’Arthur et, les larmes aux yeux, constata son décès. Il regarda Garry et se contenta de baisser la tête, puis il emporta le corps du jeune homme loin de la bête.

— Comment annoncer la mort de son troisième fils au Duc Gornen ? soupira Garry.

Il sentit soudain le poids de la culpabilité s’abattre sur lui. Le Duc du Val de Cendre venait de perdre son troisième et dernier enfant. Il n’y avait plus d’héritier et Garry doutait qu’il n’y en ait jamais plus.

— Nous ne devrions pas traîner ici, confie Mérinald. Il y en a peut-être d’autres. Nous devons faire notre rapport au Duc le plus vite possible.

Garry jeta un regard circulaire et sentit son échine se glacer quand ses yeux se posèrent sur la bête qu’ils venaient de combattre.

— L’empereur va devoir agir à présent, ses condoléances ne suffiront pas à calmer le Duc cette fois-ci.


Voilà pour le prologue, la saison 1 sera disponible à partir du mois de Mars avec une sortie des épisodes prévue toutes les deux semaines environs.

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